La ligne qui a appris aux trains à grimper
Dans les années 1840, le chemin de fer allait de Vienne à Gloggnitz et de Mürzzuschlag vers Graz, et entre les deux se dressait le Semmering. Carl Ghega, ingénieur né à Venise, revint d'un voyage d'étude aux États-Unis et conçut la ligne comme un chemin de fer à adhérence, roues ordinaires sur rails ordinaires, sur un tracé qui ne combattrait pas la montagne mais la suivrait, en contournant les vallées latérales avec une pente moyenne de 20 pour mille. En 1848, l'année des révolutions, les plans furent approuvés en partie pour donner du travail aux chômeurs de Vienne, et plus de 18 000 ouvriers venus de toute la monarchie montèrent au col. Ghega fut anobli en 1851, l'année où un concours fut organisé pour trouver des locomotives assez puissantes pour la montée. La ligne ouvrit aux voyageurs le 17 juillet 1854.
Ce qu'ils ont construit sert toujours chaque jour : 41 km de Gloggnitz à Mürzzuschlag, 16 grands viaducs, plus de 100 petits ponts en arc de pierre, des tunnels dans les parois rocheuses de l'Adlitzgraben et 57 maisons de garde-voie à deux étages, une tous les 700 m environ. Le chemin de fer a aussi créé un paysage. La bonne société viennoise l'a suivi dans la montagne, et le Semmering est devenu l'une des premières stations alpines conçues comme telles, ses villas et ses grands hôtels dominant toujours les voies.
En 1998, l'UNESCO l'a inscrit comme premier chemin de fer de la Liste du patrimoine mondial, en le qualifiant de l'une des plus grandes prouesses de génie civil de l'époque pionnière du rail. En 2017, les documents de sa construction ont rejoint le registre Mémoire du monde de l'UNESCO. Les ÖBB, qui y font toujours passer quelque 180 trains par jour, le présentent comme le plus ancien chemin de fer de montagne du monde.









